Branche ecclésiastique de l’Ordre de saint Remi, aux bases posées dès 2016 devant la relique du Saint Voile de Notre-Dame de Chartres, le Chapitre de Saint-Remi est un collège de chanoines séculiers, fondé par le chanoine Frédéric Goupil et érigé canoniquement le 8 octobre 2018 en association cléricale publique de fidèles par Mgr Dominique Rey, Evêque de Fréjus-Toulon. Chapitre Nullius dioecesis depuis son changement de for ecclésiastique le 13 octobre 2020, il attend actuellement du Siège apostolique le statut adapté à sa spécificité.
Une mission… historique
Depuis le funeste 12 juillet 1790 et la suppression des chapitres, en même temps que toutes les autres institutions ecclésiastiques, par la Constitution civile du Clergé ; l’Eglise a vu renaître progressivement en France la plupart des « régiments » traditionnels de son Clergé : au XIXe siècle les Bénédictins (1839, dom Guéranger), Dominicains (1850, P. Lacordaire), Chanoines réguliers de Prémontré (Prémontré 1856, Frigolet 1857, Mondaye 1859) ou de l’Immaculée Conception (1865, dom Gréa) ; puis au XXe de nouveaux Chanoines réguliers, notamment ceux de Saint-Victor (1968), de la Mère de Dieu (1969) et de Marie Mère du Rédempteur (1971), rassemblés pour certains le 4 mai 1959 dans la Confédération des Chanoines réguliers de saint Augustin. La plupart se voulurent les héritiers des vieilles traditions du Clergé ou des anciens Ordres monastiques.
« Il suffit à l’Église de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu […] de la société contemporaine. »
(S. Pie X : encyclique Notre charge apostolique aux évêques de France,
25 août 1910)
Malgré la réapparition symbolique des chapitres cathédraux avec le Concordat de 1801, ayant perdu par la volonté de Napoléon Buonaparte et la satisfaction complice de l’épiscopat leur fonction de contre-pouvoir ou corps intermédiaire et abandonné, depuis le concile Vatican II, le service liturgique quotidien de l’église cathédrale pour devenir de facto trop souvent une simple Légion d’honneur ecclésiastique, remplacés même dans leur fonction immémoriale de sénat de l’évêque et d’intérimaire le siège vacant, par le Conseil épiscopal et celui des consulteurs (cf. Code de Droit canonique de 1983), jamais encore n’avait été ressuscité le mode de vie canonial à plein temps des chanoines séculiers, tel que le connurent nos ancêtres aux abords des innombreuses églises collégiales de France.
Pour la première fois depuis la Révolution, le Chapitre de Saint-Remi a reçu de l’Eglise la mission de commencer à relever en France les chapitres collégiaux de chanoines séculiers et leur vie et charisme propres, soutenu dans cette action par l’Ordre de saint Remi.
La charge de la prière pour le salut et la vocation de la France
Tout chapitre collégial reçoit de ses fondateurs une prière particulière à porter dans la Liturgie ; les chapitres cathédraux : la prière pour le diocèse, à tel point que là où ils font défaut, le Droit de l’Eglise exige qu’au moins un prêtre en assume la charge (cf. can. 508 § 2). Si l’Eglise et la France connaissent une telle crise, n’est-ce pas entre autres dû à cette absence de prière officielle dans les principaux temples du pays ?
De par ses propres Lois de fondation, à l’occasion du bicentenaire de la fondation de Louis XVIII (1816), le Chapitre de Saint-Remi recueille et assume l’héritage spirituel du Chapitre de Saint-Denys, dont le statut capitulaire fut très spécial puisque ni vraiment collégial ni cathédral, le Concordat de 1801 interdisant les chapitres collégiaux et la basilique n’étant élevée au rang de cathédrale qu’en 1966.
Patrie, terre des pères
Etabli en 1806, fondé en 1816, institué canoniquement en 1857 puis effectivement en 1872 seulement, supprimé en 1881, uni à la Grande-Aumônerie de France et traversant tous les régimes politiques du XIXe siècle, le Chapitre de Saint-Denys porta la prière pour les rois et princes défunts inhumés en la basilique de Saint-Denis, à l’instar de dom Verneuil, son dernier Prieur et premier Chanoine.
La prière pour les Âmes du Purgatoire est une caractéristique propre des chapitres collégiaux, qui tous possèdent un Obituaire des offices anniversaires à célébrer. La charge de cette prière de suffrage pour le repos de l’âme des rois très-chrétiens lui revient désormais, et leur héritier, l’aîné légitime mâle des Capétiens, en est de droit Protochanoine avec son fils aîné, comme il est de tradition dans maints chapitres français.
France, Fille aînée de l’Eglise
Plus largement, à la suite du Chapitre de Saint-Denys qui héritait déjà de la charge de « gardien des privilèges spirituels de la Couronne » des abbés de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis, le Chapitre de Saint-Remi a reçu de l’Eglise mission d’assurer le Service divin de France en assurant, tout au long des Offices de la journée, la prière liturgique solennelle en grégorien pour la fidélité de la France aux promesses de son Baptême, conformément au fameux appel du pape Jean-Paul II au Bourget le 1er juin 1980.
« France, Fille aînée de l’Eglise et éducatrice des peuples,
es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la Sagesse éternelle, scellée aux fonts baptismaux de Reims à la Noël 496 ? » (Pape Jean-Paul II)
« Cette question, je l’ai posée comme le fait le ministre au moment du baptême« , le souverain Pontife réactualisant la mission de saint Remi, Apôtre des Francs. Car « avec le baptême, la nation est née et son histoire a commencé. » Dans sa prière à Notre-Dame seize ans plus tard, pour le 15e centenaire du baptême du roi Clovis, il disait : « Gardez l’Église sur cette terre dans la fidélité à l’Évangile de votre Fils, dans l’unité de la foi et le dynamisme de l’espérance. »
« Cette grande célébration jubilaire du baptême vous donne l’occasion de réfléchir sur les dons que vous avez reçus et sur les responsabilités qui en découlent.«
« Ce grand jubilé du baptême doit vous amener à dresser un vaste bilan de l’histoire spirituelle de « l’âme française ». Vous vous souviendrez certes de temps obscurs, de bien des infidélités et des affrontements, conséquences du péché. Mais vous vous souviendrez que toute traversée de l’épreuve est un appel pressant à la conversion et à la sainteté, afin de suivre jusqu’au bout le Christ qui a livré sa vie pour le salut du monde. C’est quand la nuit nous enveloppe que nous devons penser à l’aube qui poindra, que nous devons croire que l’Église chaque matin renaît par ses saints. « Qui l’a une fois compris, disait Bernanos, est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle… une espérance surhumaine ». » (22 septembre 1996)
« Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation. » (S. Pie X)
L’actualité des chanoines séculiers
La reconnaissance dans l’Eglise du Chapitre de Saint-Remi n’a rien d’exceptionnel, mais prend place entre celles du chapitre cathédral de Notre-Dame-de-l’Assomption de Varazdin en Croatie (fondé en 2015), du chapitre collégial de Saint-Nicolas de Tyrnava en Slovaquie (fondé en 1843, restauré en 2016) et du chapitre ordinarial de Saint-Louis-des-Invalies (fondé en 2020) pour l’Ordinariat français aux Armées dit Diocèse aux Armées en France depuis 1986, et petit dernier du monde canonial séculier…
Qu’est-ce qu’un Chanoine séculier ?
« Chartreux à la maison, apôtres au dehors »
(S. Vincent de Paul)
Le chanoine séculier est un ecclésiastique membre d’un collège attaché à une église et consacré à la célébration solennelle de la Liturgie par le Service divin, à savoir le chant quotidien de l’Office et de la Sainte Messe dans une église collégiale ou cathédrale.
Semi-contemplatif, intermédiaire entre le religieux et le curé, l’ermite et le cénobite, le chanoine de Saint-Remi est pleinement séculier. Sa vie en partie recluse favorise la prière et l’étude. L’amitié vécue dans une certaine vie communautaire (mais non monastique) avec ses confrères soutient son état ecclésiastique et la nécessaire émulation vers la sainteté cléricale et sacerdotale.
Partout où il est appelé à s’installer, l’Opus Dei étant préalablement accomplie avec et aussi pour eux, le chanoine de Saint-Remi aide les fidèles à vivre d’une intense vie spirituelle, par l’administration des Sacrements, la direction spirituelle, les conférences, instructions et catéchismes.
Dans un monde où règnent l’activisme, le naturalisme et l’esprit de concurrence, la consécration à la gloire de Dieu par la célébration de sa sainte Liturgie est un acte profondément prophétique et surnaturellement fondamental pour la Chrétienté, même si elle est bien peu comprise au sein même du Clergé. L’intention propre portée pour la France, loin de tout nationalisme ou chauvinisme, englobe au contraire le monde entier de par sa vocation universelle de Fille aînée d’une multitude de nations soeurs, comme le comprit excellemment, entre autres, sainte Thérèse d’Alençon-Lisieux.
Enfin, le Chapitre de Saint-Remi, bien pauvre petit bourgeon ou surgeon, ne revendique aucun monopole de la prière pour la France ; ses membres sont simplement heureux d’en vivre avec leur histoire et charisme propres, dans et par la liturgie latine traditionnelle qui les anime et « béatifie ».
Un Chapitre… et tout un monde autour
Le Chapitre de Saint-Remi a vocation à rassembler :
- des chanoines : membres pléniers du collège séculier de l’Ordre, consacrés à l’Office Divin et à la liturgie, qu’ils sont tenus de solenniser quotidiennement ;
- des candidats au canonicat, formés au sein du Chapitre ;
- des ecclésiastiques ou laïcs engagés au service actif du Chapitre comme bénéficiers, équivalents des oblats ou donnés des monastères ;
- des prêtres affiliés d’autres communautés ou diocèses, vivant en dehors du Chapitre mais entretenant des liens d’étroite amitié et de prière avec lui ;
- des membres simples enfin, participant aux œuvres et mérites de l’Ordre comme un tiers-ordre, en soutenant sa mission par leurs prières, leurs capacités et dons ;
- une mense capitulaire enfin, la Prévôté de Saint-Remi, reconnue association cultuelle de loi 1905 et apte à recevoir dons, donations et legs, et à servir de légataire universel.